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Ainsi va la vie à Lukima Secondary School

Friday, December 11, 2009


6h00, le chant du coq me tire de mon sommeil. Le jour est déjà là. 6h40, quelques voix… Les silhouettes rouges et blanches (couleur de l’uniforme scolaire) se rapprochent sur le chemin de l’école. Un sceau dans la main gauche, des cahiers dans la main droite. Parfaite représentation de « Village Schools Tanzania » : travail et éducation, courage et apprentissage Les voies se font de plus en plus proches. Le ton est à la bonne humeur, à la gaieté. Quelques ombres s’aventurent autour de la maison. Il y a Bahati et Werner qui viennent arroser le jardin, ces 4 élèves de Preform qui apportent de l’eau afin de financer leur scolarité ; il y a aussi quelques voies plus graves, ce sont les garçons de troisième année : un est responsable de l’arrivée d’eau à l’école, il ouvre les vannes tôt le matin, un autre est un parfait bricoleur et aide dans toutes les petites réparations, ce matin il jette un œil au conduite d’arrivée d’eau, ; il y a aussi ceux qui ont été désignés la veille pour rendre l’environnement propre avant l’ouverture de l’école.
Chez les professeurs, il est 7 :00 heures. Tout le monde est déjà bien réveillé. Certains sont allés puiser l’eau de leur douche matinale, d’autres finissent le brossage de dents, d’autres enfin discutent de la journée à venir sur le perron. Le professeur responsable de la semaine est déjà au front en train de repartir les tâches entre toutes les classes.
7 :00-7 :30 nous quittons la maison les uns après les autres, direction l’école. Une fois leur travail accompli, les élèves quitteront eux aussi la zone d’habitation des professeurs pour retrouver leurs camarades pour « l’assemblée » ou l’appel comme on pourrait dire en France. Au son de la cloche tous se rassemblent par classe afin d’écouter les instructions du jour, les annonces et les salutations d’usage.
7 :45, les cours commencent. Enseigner, préparer les cours, corriger les cahiers, corriger les tests, faire attention à la discipline, soigner les malades, écouter les difficultés et trouver des solutions, terminer l’administratif ou bien encore passer un peu de temps à la librairie pour trouver le prochain livre à faire découvrir aux élèves. La journée sera bien remplie jusqu’à 14h30.
14h30 : nos estomacs adorent ce moment ! Grand nettoyage de la maison : balai, serpillière, vaisselle, tout y passe. Il faut allumer le barbecue, laver éplucher couper et faire cuire les légumes, la boule de farine de maïs plongée dans l’eau bouillante (ugali) prend peu à peu forme. Autour du feu ou éparpillés aux quatre coins de la maison, le repas est un temps de silence et de respect de la nourriture. Aucun besoin de se retrouver autour de la table pour discuter de la journée. Dans le silence mais ensemble, éparpillés mais synchronisés nous apprécions les mets qui nous rassasieront jusqu’au soir où parfois jusqu’au lendemain matin.

Il est déjà 16h00. Les élèves eux aussi rassasiés reprennent le chemin de l’école. Débat, étude, travail de construction, sports ou nettoyage de l’école ; à chaque jour son activité. Quelques professeurs encadrent ce temps, les autres lavent leur linge, se reposent en écoutant de la musique, continuent de corriger les copies ou vont se ravitailler au marché. J’aime jouer au ‘netball’ avec les élèves filles (sorte de basket mais sans rebond). Lorsque les élèves débattent où font des travaux de construction comme transporter les briques, j’aime aussi être présente. Parfois je fais une ballade dans les villages alentours et rencontres les familles de mes élèves mais les pluies venues, cette activité est quelque peu ralentie.
19 :00, la nuit tombe, les bougies ou lampe à pétrole s’allument. Discussions autour du feu, lecture, la vie s’endort peu à peu pour laisser place au bruit du vent sur la tôle. Les corps et les esprits vont se reposer jusqu’à demain matin 6h00.

A demain,

























Photos : maisons des professeurs, certains de mes élèves de Preform.


Là où personne ne va

Friday, November 13, 2009


Kazovu,

A une vingtaine d’heures de bus de Dar Es Salaam, la ville de Sumbawanga est la principale place économique de la région de Rukwa à l’ouest de la Tanzanie. En remontant un peu vers le nord, le bus nous amène après cinq heures de pistes dans le grand village de Kirando, au bord du Lac Tanganyika, séparant la Tanzanie de la République Démocratique du Congo. 1h de barque suffit à aborder la plage du village de Kazovu. Aucune route ne fait la liaison entre Kazovu et Kirando. Une grosse rivière nécessiterait la construction d’un pont afin de relier les deux villages mais pour le moment le gouvernement n’a pas débloqué de fonds à cet effet. Ainsi, c’est en barque à moteur que les villageois se rendent au marché, en ville ou tout autre déplacement hors du village.

Francis est originaire de ce petit village. Il a étudié à Makuzani, la première école où a enseigné le couple missionnaire des Vinton et étudié les leaders de VST.
Francis travaille aujourd’hui avec VST pour la construction du collège de « Mpanzi » dans la région de Rukwa. Son travail est parvenu jusqu’à son village. Les habitants se sont réunis et ont demandé la construction d’un collège.

L’idée semblait folle au départ, car aucune route pour acheminer le matériel nécessaire et aucun des véhicules de VST ne peut se rendre sur place pour aider à transporter briques, sable ou rochers. Ils leurs faudra tout faire par barques et tout transporter eux-mêmes jusqu’au site où l’école sera construite. Les briques seront fabriquées sur place à quelques km et transportées sur la tête par les villageois eux-mêmes.
Nos véhicules pourront se rendre jusqu’au port de Kirando. Le ciment, le bois, la tôle, les portes, les fenêtres, les bureaux et les chaises seront petit à petit acheminés jusqu’à Kazovu par barque à moteur.

Depuis que j’ai entendu parler de cet endroit, j’attendais avec impatience de m’y rendre afin de voir de mes yeux ce merveilleux et courageux projet communautaire.

C’est HADJI qui supervise les travaux sur place. Ce père de famille est originaire du village d’IGODA (MADISI, région d’Iringa). Il a déjà travaillé au collège d’IDIGIMA dans la région de MBEYA.

Sous un soleil accablant, nous commençons notre visite du chantier. Les ouvriers sont à l’œuvre pour terminer avant la saison des pluies le bâtiment principal de l’école. Les fondations des salles de classes sont terminées, ainsi que la maison des professeurs. Les villageois ont déjà fabriqué des milliers de briques et très bientôt les murs se dresseront, les toitures seront installées et le village de Kazovu, accessible uniquement par bateau, verra s’ouvrir son premier collège.

Bientôt, des professeurs accepteront de vivre ici pour apporter l’éducation à de nombreux enfants. Bientôt, les rues seront désertées car tous seront à l’école. Et bientôt peut être un missionnaire viendra partager la vie de ces villageois.

J’ai eu le privilège de partager quelques heures de la vie de tous ces gens. J’ai pu prendre des photos. Ma bouche ne pouvait cesser de les remercier pour leur courage, leur volonté. Mon cœur été en joie, admiratif devant tant de mobilisation afin d’apporter l’éducation dans leur village.

Le Seigneur ouvre une nouvelle porte au ministère de « Village Schools Tanzania » : apporter l’éducation et l’Evangile auprès des plus pauvres.

A Kazovu, l’éducation est sur le point d’être apportée d’ici Janvier 2010, déjà une cinquantaine de jeunes se sont inscrits.

Prions dès à présent pour le ministère spirituel dans ce village.

Kazovu











Les briques














Les ouvriers












Les fondations de 6 salles de classe












Le bâtiment principal



Construire pour demain

Friday, October 23, 2009

A chaque fois que Godfrey m’envoie prendre des photos d’une école, c’est une grande joie. Je sais que ces photos serviront à partager VST aux Etats-Unis et en France, mais je sais aussi que je vais vivre des moments uniques, privilégiés.

J’ai commencé mon voyage par la région de Ruvuma où je travaille. Elle compte 5 écoles dont 4 ont moins de deux ans, ce qui veut dire qu’elles sont en pleine construction. Et rappelons-le, avec Village Schools Tanzania, les villageois participent pour 80% à la construction de l’école en fabricant les briques, récoltant les rochers et le sable pour les fondations, préparant le sol pour la construction.

Ma première destination : Malindindo à 15 min en véhicule de mon école. A mon arrivée, le camion de construction de VST était déjà là et toute l’école s’était mobilisée pour collecter les milliers de briques fabriquées quelques semaines auparavant par les élèves. 3 jours de travail de 6h du matin pour certains élèves jusqu’à 22h ou 23h le soir. Cette année, ils ont construits l’énorme bloc administratif de l’école ainsi que deux classes et déjà préparé les fondations pour deux autres classes. Une fois mon travail terminé j’ai relevé mes manches et participé au travail.

Ensuite, je me suis rendue successivement dans les écoles de Mtazamo et Longa où là aussi un travail important de construction est à l’œuvre.

J’ai terminé mon périple dans la région de Ruvuma par mon école, Lukima. Quelques jours auparavant, j’avais discuté avec mes élèves sur le fait qu’avec Village Schools Tanzania nous construisons nous-même nos écoles : parents, élèves, professeurs, blancs ou tanzaniens, tous ensemble. Alors pour mettre des actes sur mes paroles, j’ai passé la journée avec mes élèves à transporter les briques.

Après Ruvuma je suis retournée dans la région d’Iringa où j’ai enseigné l’année dernière.
Je me suis rendue à Bukimau (plus connue sous le nom de Bumilayinga). C’est un endroit très spécial pour moi, car j’avais participé l’an dernier à trois merveilleux jours de travail avec la population. L’école compte désormais 4 classes, 1 bloc administratif, et deux maisons pour professeurs. Ce fut une immense joie de pouvoir à nouveau transporter quelques briques avec les élèves mais surtout et pour la première fois entrer dans un des bâtiments et voir ces 60 élèves en uniforme, concentrés sur leurs études, heureux et motivés pour changer leur futur. Une autre chose vraiment génial à Bukimau est le fait que les parents ici continuent après l’ouverture de l’école à fabriquer des briques pour construire de nouvelles classes pendant que leurs enfants étudient. Cela m’a beaucoup touché de voir leur persévérance, leur détermination et l’importance que cette école a pour eux. Je ressors toujours renforcée, enrichie et émue de Bukimau. Cette école est l’esprit de VST. Tous ensemble pour construire le futur.

Sur la route, je me suis arrêtée très brièvement à l’école d’Imauluma où là aussi, le bloc administratif, deux nouvelles classes et deux maisons pour professeurs ont été construites.

Toutes ces écoles qui poussent comme des champignons sont un témoignage de dur labeur, de mobilisation collective, d’espoir, de transmission d’éducation. Ils leurs faudra travailler encore dur jusqu’ Juin 2010 afin de terminer deux autres classes ce qui permettra aux écoles d’être officiellement enregistrées auprès du gouvernement. Car ici un nombre définit de bâtiments et d’installation est requis pour enregistrer une école.

VST est à son commencement, et j’ai le privilège d’être témoin de toute cette générosité, témoin du travail fourni par tant de personnes, témoin de la grandeur de Dieu.

Comme le gens disent souvent ici ce qui a été construits aujourd’hui sera encore là demain, le travail en moins. Les écoles construites aujourd’hui serviront peut-être à des générations. Et dans dix ans, j’espère que les élèves auront consciences que d’autres ont construits ces écoles de leurs mains pour changer leurs futurs et celui de beaucoup d’autres.

Une seconde chose merveilleuse lors de ce voyage est de croiser d’autres missionnaires, et surtout d’anciens élèves aujourd’hui engagés comme professeurs.

Voyager est toujours pour moi une source d’apprentissage, une bénédiction.